Une société japonaise troublée

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Message par Passerelle Japon le Mer 12 Mar - 11:14

http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/3711/105/

Les médias rapportent souvent que le Japon traverse, depuis les années 1990, la plus grande crise économique depuis 50 ans. Mais on parle peu de la violence et de la détresse dont la société est victime alors que le pays doit renoncer à sa position dominante dans l’économie mondiale.

Avec l’effondrement de la croyance selon laquelle le Japon représente un miracle économique, les spécialistes affirment que la jeunesse a l’impression que son pays a perdu le nord.

Le côté le plus «sombre» de la société japonaise était le sujet de discussion au Woodrow Wilson Center de Washington, D.C. le 20 février 2008, où plusieurs spécialistes du Japon ont décrit divers aspects d’une société troublée et violente.

Les thèmes suivants ont été discutés : les liens entre le crime organisé et la violence dans l’ordre politique, la déviance sociale de la jeunesse, le faible taux de natalité, le taux élevé de suicide ainsi que l’emploi à temps partiel «permanent». Un exemple de détresse extrême, particulier à la société japonaise, est le phénomène des hikikomori, ces jeunes qui s’isolent dans leur chambre, refusant de sortir, de travailler, d’aller à l’école, de parler à des amis et de mener une vie normale.

Yakuza : le crime organisé japonais
Eiko Maruko Siniawer, maître assistante à la faculté d’histoire au Williams College, a décrit les origines des yakuza, le nom de la mafia japonaise, et comment ils sont devenus le pendant violent des partis politiques provoquant les sentiments nationalistes.

Mme Siniawer a expliqué qu’à la fin des 17e et 18e siècles, des hommes opérant des maisons de jeu formaient des «familles» de type mafieuse, et de puissants chefs de bande ont émergé. Certains marchands frauduleux, vendant des biens de mauvaise qualité, avaient un besoin de protection pour contrôler des zones. Ces deux types d’entreprises «criminelles» attiraient des hommes violents pour leur protection, et ceux-ci ont évolué en «brutes politiques». Au Japon, ces hommes sont devenus une partie intégrale de la scène politique, utilisant la violence contre leurs opposants.

Dans le Japon de l’avant Seconde Guerre mondiale, les yakuza agissaient comme casseurs de grève et s’opposaient aux partis et à l’idéologie de gauche. Mme Siniawer a indiqué que cette violence des yakuza avait contribué au déclin des partis politiques dans les années 1930.

Les yakuza ont ré-émergé après la guerre et conservent, encore aujourd’hui, leur nature violente. Cette tendance à la violence a commencé à diminuer dans les années 1960, et particulièrement les années 1970, lorsque le public est devenu plus intolérant face à la violence du passé.

Malgré leurs activités criminelles, les yakuza ont développé un fort côté politique. Mme Siniawer soutient que, pour la plus grande partie de l’histoire moderne du Japon, la violence politique est devenue tellement institutionnalisée et acceptée que le Japon peut être qualifié de «démocratie violente».

L’auteur Anthony Bruno mentionne dans Gangsters & Outlaws que les yakuza sont beaucoup plus implantés et acceptés dans le paysage japonais que le crime organisé en Amérique. Le nombre de membres actifs (110 000) surpassent le crime organisé aux États-Unis (20 000) pour un pays dont la population représente environ la moitié de celle des États-Unis. Ils sont politiquement alliés avec les nationalistes de droite.

Une génération perdue
Lorsque la bulle économique du Japon a éclaté au début des années 1990, la jeunesse du pays, particulièrement celle ne détenant qu’une éducation secondaire ou moins, ne pouvait plus espérer obtenir des conditions de travail idéales.

«Les employeurs ont dû réévaluer fondamentalement les termes selon lesquels ils allaient embaucher de nouveaux employés», explique Mary C. Brinton, professeure de sociologie à Harvard.

En 1990, il y avait 3,3 postes à combler pour chaque diplômé du secondaire. Dans les dernières années, ce nombre a été réduit de plus de la moitié. Les diplômés de l’université ont également vu diminuer leurs possibilités d’emploi, mais Mme Brinton s’est concentrée davantage sur les diplômés du secondaire et les décrocheurs qui ont été les plus affectés. Ces jeunes gens ont souffert de précarité d’emploi, passant du statut d’employé au statut de chômeur.

Le taux des emplois à temps partiel a augmenté de près de 30 % pour les jeunes hommes entre 1990 et 2003. En 2003, pour la première fois, il y avait plus de diplômés du secondaire dans des emplois à temps partiel qu’à temps plein.

Les conséquences pour ces jeunes hommes sont désastreuses. Ils ont l’impression qu’ils ne peuvent se marier et fonder une famille avec un emploi temporaire ou à temps partiel, et plusieurs compagnies sont réticentes à donner un statut temps plein à un employé travaillant à temps partiel.

Donc, un homme de vingt ans qu’un employeur croit pouvoir mouler à sa guise sera préféré à un autre de 32 ans n’ayant peut-être jamais eu un emploi à temps plein. Toute une génération a été perdue au moment où le Japon a fait la transition vers un différent marché du travail, estime la professeure Brinton.

Hikikomori : une pathologie moderne unique au Japon
L’effondrement économique a mené à une nouvelle forme de comportement antisocial au Japon : des jeunes hommes se retirent de la société et s’enferment dans leur chambre pour plusieurs mois ou pour plusieurs années.

C’est seulement après le ralentissement de la croissance économique et la perturbation des réseaux sociaux que les hikikomori ont fait surface, exposant les «rigidités et les dysfonctions sociales», fait remarquer Michael Zielenziger dans son livre Shutting Out the Sun: How Japan Created its Own Lost Generation (2006) (traduction non officielle : Éteindre le soleil : Comment le Japon a créé sa propre génération perdue).

La traduction approximative de hikikomori serait quelqu’un qui se replie sur lui-même et s’isole socialement, ne communiquant avec personne, ni même avec ses amis. Il y a environ un million de jeunes – 80 % sont de sexe masculin – qui sont hikikomori, selon M. Zielenziger, un journaliste qui a obtenu le prix Pulitzer et qui travaille actuellement à la University of California, à Berkeley.

Les hikikomori rencontrés par M. Zielenziger étaient incapables ou ne voulaient pas sortir et dépendaient de leurs parents pour qu’ils laissent le prochain repas au seuil de leur porte de chambre. Il mentionne qu’ils ne faisaient pas confiance aux gens et ne possédaient pas les habiletés pour développer une relation intime. Il croit, après avoir enquêté, qu’ils ne sont ni schizophrènes, ni psychotiques, ni agoraphobes.

M. Zielenziger croit que les hikikomori ne sont pas simplement des «enfants gâtés». Ce sont plutôt des jeunes qui se rebellent contre le système rigide du Japon : l’école dès un très bas âge, le système rigoureux d’examens et l’entrée sur le marché du travail très structurée.

Tandis que les jeunes d’Amérique du Nord et d’Europe peuvent exprimer leur individualité, la société japonaise ne favorise pas l’indépendance, souligne M. Zielenziger. Le seul endroit sûr pour se rebeller est à l’intérieur de soi. Ceci peut peut-être expliquer pourquoi, à deux exceptions près, le Japon a le plus haut taux de suicide dans le monde industrialisé.

Dans son livre, M. Zielenziger a écrit qu’il a trouvé les jeunes hommes qu’il a rencontrés «souvent intelligents, stimulants, très ouverts et réceptifs aux adultes, pleins d’idées convaincantes et fascinantes sur la société et eux-mêmes». Leur chambre à coucher est peut-être le seul endroit sûr où ils peuvent se rebeller.

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